Recherche libre dans le site
Partager...
Actualité | Culture | 11/03/2017

[EDITEURIALES] Séance de rattrapage : Diane Ducret porte la voix des « indésirables »

L’historienne et romancière Diane Ducret était à la médiathèque François-Mitterrand de Poitiers, vendredi 10 mars 2017, pour présenter son dernier ouvrage, Les indésirables -
Actualité | Culture | 11/03/2017

[EDITEURIALES] Séance de rattrapage : Diane Ducret porte la voix des « indésirables »

L’historienne et romancière Diane Ducret était à la médiathèque François-Mitterrand de Poitiers, vendredi 10 mars 2017, pour présenter son dernier ouvrage, Les indésirables, en compagnie de son éditrice Louise Danou.

C’est un morceau d’histoire de France enseveli, tapi sous le poids de la honte, que déterre Diane Ducret dans son dernier livre Les Indésirables. Le 15 mai 1940, le gouvernement français donne l’ordre d’arrêter à Paris toutes les ressortissantes allemandes, juives pour la plupart, qui fuient le régime de persécution d’Hitler. En l’espace de deux jours, elles seront 5 000 à être parquées au Vélodrome d’hiver avant d’être internées au camp de Gurs (dans les Pyrénées), un établissement jusqu’alors réservé aux Républicains espagnols, « indésirables » eux aussi. C’est la vie dans ce camp, où se produisent tantôt le pire tantôt le meilleur, qui est l’objet de ce roman remarquable d’intelligence et de sensibilité écrite par une femme qui l’est tout autant.

Des indésirables aux inséparables 

Ce récit, le lecteur l’aborde à travers le destin d’Eva et Lise, chamboulé dans une Europe malade. A première vue, les deux femmes n’ont rien en commun. « La première est aryenne, pianiste et lorsqu’un jour elle a eu l’occasion de serrer la main du Führer en personne, elle sent dans son regard tout le danger qui va déferler sur l’Europe. Et lorsqu’elle arrive en France, sur la terre des Lumières, elle se croit en sécurité », explique l’auteur. La seconde est juive. Plus effacée, elle a connu une vie difficile, sans relief aucun. Cette tragédie de la déportation à Gurs qui les charrie avec ces milliers d’indésirables les rendra « inséparables », l’autre terme qui aurait pu faire figure de titre.

Entre réalité et fiction

« L’histoire que je raconte dans ce livre est vraie. J’ai juste inventé des personnages pour lui donner corps », commence Diane Ducret. Pour nous en persuader, elle fait l’inventaire des milliers de documents et de témoignages qu’elle a exhumés. Le commandant Davergne qui surveille le camp, tout comme la présence méconnue de la philosophe Annah Arendt ou de l’actrice allemande Dita Parlo, témoignent de son méticuleux travail de recherche. Mais dans Les Indésirables, Diane Ducret sait aussi brouiller les cartes pour alterner entre la réalité et la fiction. La première à s’être laissée prendre au piège est son éditrice elle-même en voyant du vrai dans des chansons de cabaret ou des lettres d’époque qui n’étaient en fait que pure fiction. 

« J’ai un projet »

Si elles se sont rencontrées pour la première fois lors d’une foire littéraire à Biarritz il y a quelques années, c’est le hasard qui a fait se retrouver Diane Ducret et son éditrice. Tout juste mère de son deuxième enfant, cette dernière traînant son baby-blues entre les quatre murs de son appartement  parisien lorsqu’elle reçut un coup de fil de celle qui allait devenir son poulain. « J’ai un projet dont j’aimerais te parler », suggéra l’écrivaine. « Monte », l’invita l’éditrice. Une heure plus tard, les deux femmes tenaient un sujet romanesque qui allait devenir l’objet de ce roman: ces fameuses « indésirables ».

Du sublime à l’absurdité

« C’était la magie d’un roman qui n’est pas encore écrit, se souvient Louise Danou. Pendant des mois, de 9 h à 21 h, elle a travaillé comme Zola en accumulant des notes, elle a construit un décor, inventé des personnages et leur a donné vie. Chaque jour, Diane m’envoyait ce qu’elle avait écrit et je lui faisais un retour. » « On ne pense jamais aussi bien son sujet que lorsqu’on l’explique à quelqu’un », abonde l’auteur. De cette complicité est né ce roman prenant où le sublime de la vie, à travers des chansons, un sourire, de timides lueurs d’espoir, s’entremêle à l’absurdité humaine, charriant son lot de viols et d’humiliations. « Plus les horreurs étaient dures, plus elles chantaient », explique Diane Ducret.