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Actualité | Culture | 12/03/2017

[EDITEURALES] Séance de rattrapage : Jean-Luc Seigle réhabilite la mémoire de Pauline Dubuisson

L’écrivain Jean-Luc Seigle était à la médiathèque François-Mitterrand, samedi 11 mars, avec son éditeur de Flammarion Patrice Hoffmann -
Actualité | Culture | 12/03/2017

[EDITEURALES] Séance de rattrapage : Jean-Luc Seigle réhabilite la mémoire de Pauline Dubuisson

L’écrivain Jean-Luc Seigle était à la médiathèque François-Mitterrand, samedi 11 mars, avec son éditeur de Flammarion Patrice Hoffmann, pour évoquer la genèse de son livre « Je vous écris dans le noir ».

Ecouter dialoguer Jean-Luc Seigle avec Patrice Hoffmann, c’est élucider une bonne fois pour toute la relation idéale qu’un écrivain puisse entretenir avec son éditeur. Les deux hommes se sont connus à Paris lorsque le premier, aux avant-postes du mouvement contre les lois Fontanet en 1974 qui avait mis en grève tout son lycée, s’aventura dans l’établissement du second pour le bloquer à son tour. De cette fronde naquit une amitié qui évolua bien des années plus tard en cette relation qu’ils entretiennent aujourd’hui.

« Personne ne parlait de mes livres »

Car Jean-Luc Seigle, malgré l’amitié qui le liait à Patrice Hoffmann (déjà rentré chez Flammarion), n’a pas voulu lui confier le soin de publier son premier roman, La nuit dépeuplée, qu’il publia finalement chez Plon en 2001. « A cette époque, j’avais besoin d’être sûr qu’on me publierait pour ma qualité d’écriture, non pas parce que l’on m’appréciait », justifie Jean-Luc Seigle, qui essuya un échec commercial, doublé d’un second trois ans plus tard avec Le Sacre de l’enfant mort. « C’était une humiliation, se souvient l’écrivain. Personne ne parlait de mes livres. Patrice Hoffmann était le seul à penser qu’il me fallait en produire un troisième, chez Flammarion cette fois. » De cette initiative sortit En vieillissant les hommes pleurs qui fit un carton… 

« Un titre doit rendre compte d’une globalité »

A quoi tient la recette miracle d’un roman à succès ? « Au titre », vous répondra sûrement Patrice Hoffmann, pointure s’il en est dans le milieu qui compte notamment à son tableau de chasse Dorris Lessing, Jim Harrison ou Art Spiegelman pour ne citer que les plus connus. « Un auteur est souvent tellement habité par son roman qu’il a plein d’idées de titres en tête… mais ce ne sont jamais les bons, assure l’éditeur. Un titre doit rendre compte d’une globalité. Et souvent, il est déjà là, dans le texte. » C’est le cas pour Je vous écris dans le noir, dernier roman de Jean-Luc Seigle paru en 2015, que l’écrivain présentait aux Editeuriales, à la Médiathèque François-Mitterrand de Poitiers, samedi 11 mars.

Pauline Dubuisson, anti-héroïne 

Ce titre, c’est la première phrase qu’a écrite Pauline Dubuisson, l’anti-héroïne du livre, du plus profond de sa cellule, au juge qui tenait son destin entre ses mains. Aide-soignante à l'hôpital allemand de Dunkerque en 1944, elle devient la maîtresse d’un allemand, médecin-chef de l’établissement. A la Libération, son passé lui vaut d’être conduite sur la place publique et de subir, comme d’autres femmes à l’époque, l’humiliation de la tonte et de comparaître devant un « tribunal du peuple ». C’est toutefois pour le meurtre de son amant, Félix Bailly, qu’elle sera emprisonnée en octobre 1950 et qu’elle enverra sa lettre désespérée au juge qui commence par : « Je vous écris dans le noir ».

Le sentiment d’injustice pour moteur

L’idée d’écrire sur la vie de cette femme, qui finira par choisir l’exil au Maroc avant de se suicider en 1963, est née d’un sentiment d’injustice comme l’explique Jean-Luc Seigle. « Il existait deux biographies à charge contre elle et le film La Vérité de Clouzot avait achevé de salir sa réputation. Plus je lisais des choses sur elle, plus j’avais de l’affection. J’ai fini par lui prêter mon corps pour raconter son histoire, pour lui faire dire ce qu’elle n’avait jamais exprimé. » 

« Je me pose des questions »

Si le travail d’édition sur Je vous écris dans le noir a été intense, il a aussi permis au livre de trouver son public comme l’explique Patrice Hoffmann. « Bien sûr, ce ne sont pas mes mots, pas mes idées. Je me pose des questions et comme un tailleur, je suis le miroir qui s’assure que cela tombe bien », commente l’éditeur qui a « desséché » de 60 pages le tapuscrit et suggéré des retouches. Il faut dire que l’expérience était singulière pour Jean-Luc Seigle qui, pour la seule fois de sa vie, a écrit à la première personne du singulier. « La dernière fois aussi », assure-t-il au grand dam du public poitevin. Le prochain roman de l’écrivain, qui doit sortir fin août, devrait en attester. Pour contenter malgré tout son auditoire, Jean-Luc Seigle a accepté en exclusivité d’en dévoiler le titre: « Femme à la mobylette. » Cette fois, on ne sait si Patrice Hoffmann lui en a suggéré le titre, mais on en salive déjà.