Recherche libre dans le site
Partager...
Actualité | Culture | 16/03/2017

[EDITEURIALES] Séance de rattrapage : Laurent Seksik dans la peau de Romain Gary aux Editeuriales

Le romancier Laurent Seksik était à la Médiathèque François-Mitterrand, mercredi 15 mars, pour présenter le dernier opus de sa trilogie, consacré à l’auteur de La Promesse de l’Aube. - Poitiers
Actualité | Culture | 16/03/2017

[EDITEURIALES] Séance de rattrapage : Laurent Seksik dans la peau de Romain Gary aux Editeuriales

Le romancier Laurent Seksik était à la Médiathèque François-Mitterrand, mercredi 15 mars, pour présenter le dernier opus de sa trilogie, consacré à l’auteur de La Promesse de l’Aube.

« J’ai fait un léger détour pour devenir écrivain mais je ne regrette pas le voyage. » Voilà une belle réflexion qui résume à merveille le destin si particulier de Laurent Seksik, venu présenter son roman Romain Gary s’en va-t-en guerre, aux Editeuriales à Poitiers. De voyages, il en est beaucoup question dans ses livres. Et comment pourrait-il en être autrement, lui qui n’affectionne rien tant que se glisser dans la peau de personnages aux destins hors-norme comme Stefan Zweig, Eduard Einstein (le fils de) et donc Romain Gary ? Et pourtant, c’est d’un voyage dans son monde intérieur dont nous parle l’auteur, ces incessants allers et retours entre sa certitude farouche (quelque peu providentielle) de devenir un jour écrivain et ses études qui le destinèrent à devenir médecin.

« Votre projet n’est pas abouti »

Laurent Seksik est né à Nice et c’est bien sa chance d’y avoir grandi. Lecteur passionné depuis sa plus tendre adolescence, écrivain malheureux ensuite, essuyant les refus des plus grandes maisons d’édition parisiennes, c’est en forçant le destin qu’il a entrouvert ce monde des lettres qui se refusait à lui. « Un jour, alors que je cherchais désespérément à entrer en contact avec Romain Gary qui, me disait-on, se baladait souvent sur la Promenade des Anglais avec son chien, je tombe nez à nez avec Jean-Marie Le Clézio qui sortait d’une belle voiture rouge. » L’écrivain en herbe se présente, dit qu’il écrit. L’écrivain reconnu lui propose de lui soumettre un manuscrit. Le retour, quoiqu’encourageant, ne sera pas tendre: « Vous me faites penser à Céline, mais votre projet n’est pas abouti », lui écrit Le Clézio qui envoie malgré tout le manuscrit à son éditeur Gallimard qui formulera plus ou moins la même réponse.

« En 2010, je me suis senti écrivain »

Pas abouti… Cette réponse, Laurent Seksik la ruminera des années avant de trouver l’équilibre entre sa brillante carrière de médecin et sa quiétude d’écrivain. « A cette époque, les éditeurs avaient raison de refuser mes livres, c’est d’ailleurs ce qui m’a sauvé car je leur accordais du crédit », explique-t-il. C’est à partir du moment où il s’est mis dans la peau de Stefan Zweig, en 2010, qu’il s’est vraiment « senti écrivain ». De ce premier opus, Les derniers jours de Stefan Zweig, est né Le Cas Eduard Einstein (2013), pour aboutir au petit dernier de la trilogie Romain Gary s’en va-t-en guerre (2017)

La méprise de Gary, le succès d’Ajar

Le titre de son dernier roman n’a pas été choisi par hasard. Il résume bien l’esprit torturé de l’auteur de La Promesse de l’Aube, comme l’explique Laurent Seksik : « Gary a été en guerre contre son père, contre sa mère, contre le gouvernement de Vichy et surtout contre lui-même. Mais la dernière bataille qu’il n’a jamais pu remporter, c’est celle qu’il a menée contre le milieu littéraire qui ne l’a jamais reconnu. » Dans les  années 70, quelques temps avant de suicider en 1980, Romain Gary n’errait-il pas seul dans les rues de Paris, méprisé, catalogué « écrivaillon » par le tout Paris littéraire qui ignorait que derrière cette silhouette triste se dissimulait Emile Ajar, l’écrivain qui raflait tous les prix?

« J’avais envie de travailler avec Laurent »

Il est d’ailleurs étonnant de retrouver, bien des années plus tard, sur la scène des Editeuriales, Laurent Seksik et Anna Pavlovitch dialoguer ensemble. Si cette dernière est une éditrice reconnue, directrice du département littérature de Flammarion, elle est aussi la fille d’un certain Paul Pavlowitch, qui a marqué l’histoire littéraire d’une empreinte indélébile. C’est qu’en effet, le « neveu » de Romain Gary s’incarna bien malgré lui, et à la demande de Gary lui-même, en un auteur au succès fabuleux : Emile Ajar. « Pour autant, je n’ai pas accepté d’être l’éditrice de Laurent Seksik parce que son roman parlait de Romain Gary, met en garde Anna Pavlowitch. C’est juste parce que j’avais envie de travailler avec un écrivain du calibre de Laurent. »

« Pousse la porte »

Laurent Seksik doit d’ailleurs à son éditrice, non seulement d’avoir allégé son texte (de 350 à 200 pages) mais surtout de lui avoir suggéré une trame habile : le jour de la séparation des parents de Romain Gary, pour dévider la pelote de son existence. « Tu te mets dans la peau de l’écrivain enfant, tu entends tes parents se disputer. Pousse la porte », lui souffle-t-elle. De cette idée sortira un livre sur la séparation, le sentiment d’abandon, la construction d’un homme en quête de subterfuges pour fuir son identité, ces multiples visages derrière lesquels se dissimulaient une vie fantasmée.

Le virus de l’écriture

De double vie, il est tout autant question chez Laurent Seksik. S’il a fait le choix de se consacrer pleinement à l’écriture, la médecine est toujours présente, tapie là, quelque part dans un coin de sa tête. « C’est que la médecine annonce l’avenir; l’écrivain, lui, se retourne vers le passé », dit-il. Si parfois il songe à renfiler la blouse blanche, il sait bien que c’est un « voeu pieux ». Car le virus de l’écrivain s’est trop inoculé en lui, au point de ne lui faire entrevoir qu’une quête. Laquelle? « J’écris parce que dans ma bibliothèque, il y a un espace vide à la lettre S entre Philip Roth et Stefan Zweig », éclaire-t-il. Et ce qui importe désormais à Laurent Seksik, c’est d’y entreposer le livre qu’il n’a pas encore écrit. Son chef d’oeuvre. La quête ou le voeu (pieux?) de tous les écrivains.