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Actualité | Culture | 17/03/2017

[EDITEURIALES] Séance de rattrapage : Serge Joncour, un écrivain du sensible aux Editeuriales

Le romancier Serge Joncour, qui a reçu le Prix Interallié pour son roman « Repose-toi sur moi », était à la Médiathèque François-Mitterrand de Poitiers, jeudi 16 mars, pour échanger avec son éditrice de Flammarion. - S. Laval

Diaporama

  • Le romancier Serge Joncour, qui a reçu le Prix Interallié pour son roman « Repose-toi sur moi », était à la Médiathèque François-Mitterrand de Poitiers, jeudi 16 mars, pour échanger avec son éditrice de Flammarion.Le romancier Serge Joncour, qui a reçu le Prix Interallié pour son roman « Repose-toi sur moi », était à la Médiathèque François-Mitterrand de Poitiers, jeudi 16 mars, pour échanger avec son éditrice de Flammarion.
  • Alix Penent l'éditrice de Serge JoncourAlix Penent l'éditrice de Serge Joncour
  • Le romancier Serge Joncour est allé à la rencontre du public venu en nombreLe romancier Serge Joncour est allé à la rencontre du public venu en nombre
Actualité | Culture | 17/03/2017

[EDITEURIALES] Séance de rattrapage : Serge Joncour, un écrivain du sensible aux Editeuriales

Le romancier Serge Joncour, qui a reçu le Prix Interallié pour son roman « Repose-toi sur moi », était à la Médiathèque François-Mitterrand de Poitiers, jeudi 16 mars, pour échanger avec son éditrice de Flammarion.

« Je pourrais rester des heures à écouter les gens parler, j’aime les observer. J’aime être irrigué par des gens nouveaux. » La métaphore, signée Serge Joncour, aux Editeuriales à Poitiers, jeudi 16 mars, ne pouvait pas mieux tomber. Il la fila immédiatement par une anecdote qui en dit long sur son travail d’écrivain. « Cet été, j’ai pris un ferry pour l’Irlande. Nous avons traversé une tempête de force 8. La plupart des gens autour de moi vomissaient. Dans le salon, quelques adolescents se bécotaient et puis dans le salon, un groupe suivait du golf sur écran géant. Moi, j’ai pris une bière, je me suis posé au comptoir. Et j’ai passé ma soirée à les observer. »

La France, son « terrain de jeu »

Serge Joncour est un écrivain du sensible. Pour s’en persuader, il n’y a qu’à sonder sa voix douce, ses silences réfléchis et ses réflexions poétiques. L’homme est intarissable lorsqu’il s’agit d’évoquer la France, son « terrain de jeu » qu’il arpente avec pour seules notes son flair, ses yeux et ses oreilles grandes ouvertes. De ses pérégrinations, il extrait différents climats, nuances, couleurs, paysages et odeurs à la manière d’un peintre. A ceci près que son pinceau à lui, c’est sa plume. Ses expériences de bourlingueurs sa toile.

Vertige amoureux

De ce sens toujours plus aiguisé de mettre des mots sur des sensations est né son 14e roman, « Repose-toi sur moi », qu’il est venu présenté à Poitiers devant une salle comble. On aurait été étonné du contraire, son roman ayant reçu le Prix Interallié en septembre 2016. Mais au juste, de quoi est-il question dans ce livre? D’un vertige amoureux entre deux personnes que rien ne prédestinait à se rencontrer, sinon la solitude et la vacuité propres à notre société.

Vies teintées de solitude

C’est l’histoire de Ludovic, ancien agriculteur veuf qui quitte sa province pour devenir recouvreur de dettes à Paris. Dans sa nouvelle vie teintée de solitude, il partage une cour d’immeuble avec des bobos dont le mode de vie lui est étranger, tourné vers la consommation, cette quête frénétique du vide. C’est pourtant ce monde auquel appartient Aurore, styliste, mariée à un riche homme d’affaire américain. A première vue, les deux personnages n’ont rien à faire ensemble. Et pourtant, une rencontre fortuite va sceller leur amour.

« Le temps des récoltes »

« Je viens d’un univers périphérique à l’édition. J’ai essuyé beaucoup de refus et publier mon premier roman a été un grand combat », explique Serge Joncour pour justifier la joie qu’il a ressenti en recevant le Prix Interallié. « C’était un moment réconfortant, la validation de ce milieu littéraire. C’est un peu comme les vendanges ou la moisson en septembre. Pour moi était venu le temps des récoltes », raconte celui que d’aucuns comparent à Balzac pour la justesse de ses descriptions, de son ton, de ses personnages.

« Je devine les intuitions de l’auteur »

Ce n’est pas son éditrice, Alix Prenent, qui dira le contraire. Elle a publié les trois derniers romans de Serge Joncour par amour pour cet univers si particulier que tisse l’écrivain, où le monde de la campagne s’entrechoque avec le monde urbain, où les sentiments prennent le pas sur nos petits égoïsmes quotidiens, où l’amour est encore la dernière façon de résister. Pour autant, n’allez pas croire qu’elle est tendre. Pour lui faire payer l’affront de lui avoir rendu son premier jet de « Repose-toi sur moi » au soir du 24 décembre 2015, elle lui a rendu son travail couvert d’annotations rouges. Résultat: 100 pages en moins et son personnage principal, Ludovic, amaigri de 15 kilos. « Je lis, je relis et plus je m’approprie le texte, plus je devine les intuitions de l’auteur, explique Alix Prenent. C’est drôle, mais avec le temps, je me suis aperçu que bien souvent, mes observations concernaient des passages où l’écrivain lui-même s’est posé des questions. » Une rentrée littéraire plus tard, les doutes étaient balayés. Il était temps de récolter les lauriers.