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Nomination du Jardin Simone-Veil à Poitiers en présence de son fils Jean Veil

Dossier | Vie de la Cité | 05/03/2018
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Dossier | Vie de la Cité | 05/03/2018

Nomination du Jardin Simone-Veil à Poitiers en présence de son fils Jean Veil

Lundi 5 mars, la Ville de Poitiers a nommé le Jardin Simone-Veil, situé rue du Puygarreau, en présence de son fils Jean Veil et d’Alain Claeys, Maire de Poitiers. Cette initiative est l’occasion pour la Ville de réaffirmer les valeurs d’humanisme, de solidarité et de combativité que partageait Simone Veil, disparue en juin 2017, et qui entrera au Panthéon avec son mari Antoine Veil le 1er juillet 2018.

Au cours de la cérémonie d’inauguration, Jean Veil a expliqué que sa mère « était très attachée à l'idée de l'Europe. Elle voulait rassembler les gens. Elle aimait la culture, l’art, les parcs et les fleurs. Bref, tout ce qu’il y a ici. Cet emplacement à Poitiers est un très beau symbole de ce qu'elle était ».

Simone Veil, femme politique et académicienne a marqué l’Histoire

Rescapée du camp d’Auschwitz-Birkenau en 1945, Simone Veil a été le témoin de la barbarie nazie et tout au long de sa carrière une lanceuse d’alerte sur les dangers de l’extrémisme. « Au sortir de la guerre, nous avions la conviction qu’il fallait se réconcilier absolument avec les Allemands et que si nous ne le faisions pas, il y aurait une troisième guerre mondiale », écrit-elle dans son autobiographie Une Vie.
Femme politique et académicienne, Simone Veil a marqué l’Histoire par la loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en 1974, mais aussi par son engagement pour l’Europe. Ministre de la santé, présidente du Parlement européen et farouche défenseure des droits de l’homme – et particulièrement ceux des femmes –, elle a été de toutes les grandes batailles de la fin du XXe siècle.

Exposition – hommage Simone Veil (1927 – 2017) du 5 mars au 6 avril à l’hôtel de ville

A l’occasion de cette inauguration, la Ville de Poitiers a décidé de consacrer une exposition exceptionnelle qui retrace la vie de Simone Veil, à travers des panneaux illustrés de photos d’archives et de contenus multimédias. Une vie marquée par l’engagement et les combats. Cette exposition est visible par tous et en accès libre à l’Hôtel de Ville, du 5 mars au 6 avril, du lundi au vendredi, de 8h30 à 17h30. Pour en savoir plus sur l’exposition

Discours d’Alain Claeys, Maire de Poitiers en hommage à Simone Veil, au cours de l’inauguration du Jardin Simone-Veil

"S’adressant à votre maman lors d’un discours resté célèbre pour l’avoir fait entrer dans le cénacle des immortels le 18 mars 2010 sous la Coupole, Jean d’Ormesson eut cette réflexion savoureuse : « Il y a en vous comme un secret : vous êtes la tradition même et la modernité incarnée. »  Comme elle, l’écrivain savait manier le verbe. Et comme elle, il savait bien que l’épée au flanc et le costume vert orné de fleurs dorées ne peuvent rien contre le temps qui passe. Ironie de l’histoire, ils sont partis tous deux l’an dernier. Il est de ces chagrins collectifs dans l’histoire d’une nation…

C’est vrai ce que disait Jean D’Ormesson. Simone Veil, c’était la tradition même et la modernité incarnée. Chignon parfait, robes élégantes et mélancolie dans le regard, elle rappelait aux Français une époque que les plus jeunes n’ont pas connue. Mais qu’ils ont appris dans les livres d’histoire : le chaos de la seconde guerre mondiale et les innombrables malheurs qu’il charrie. Madame Veil a été une victime de ce que fut le summum de la cruauté humaine : la barbarie nazie, l’épouvantable horreur des camps de la mort, l’extermination des juifs, cette gigantesque entreprise de déshumanisation que l’on désigna sous le nom de Shoah. Témoin parce que rescapé, qui arbora toujours avec aplomb les chiffres 7.8.6.5.1 tatoués d’une encre indélébile sur sa peau. Ce numéro, qu’elle fit graver sur son épée d’Académicienne, c’était quelque part notre conscience collective qu’elle nous soumettait sans ostentation. Cette conscience qui nous rappelle au nécessaire devoir de mémoire, à l’indispensable réflexion sur la fragilité de ces trois notions fondamentales que sont : liberté, égalité et fraternité. Ne l’oublions jamais.

Pour nous Français, Madame Veil était la modernité incarnée parce qu’au combat pour la vie qu’elle mena dans le camp d’Auschwitz-Birkenau succéda trente ans plus tard celui pour le droit des Françaises à disposer de leur corps et de leur sexualité. A la tribune de l’Assemblée, elle eut à essuyer la bronca de certains députés ; dans la rue les huées, les injures. Les titres les plus vils ont noirci certains journaux. Et dans ce maelström qui secouait la société, elle affrontait l’épreuve avec dignité, calme et assurance. Il est des victoires qui valent tous les quolibets. La loi qui porte son nom en est une grande. Si 1974 paraît bien loin aujourd’hui, les acquis de cette grande réforme pour l’émancipation des femmes restent encore d’une brûlante actualité. Parce que les hommes, et malheureusement beaucoup de femmes aussi, oublient un peu vite quelle bataille leurs aînées ont livré pour qu’elles vivent libres. Ces quiproquos sont nés de l’ignorance et le seul rempart à toutes les formes d’obscurantisme, c’est la culture, la réflexion comme nous l’a si souvent montré madame Veil.

Nous touchons du doigt le troisième point qui a fait de sa vie une œuvre : l’Europe. Cette belle idée qui a germé des siècles durant dans les plus grands esprits du Vieux Continent, de Victor Hugo à Stefan Zweig, avant de prendre une forme politique au lendemain de la seconde guerre mondiale. Madame Veil a été un des artisans de cette construction. Je dirais même plus : une pionnière. Pourtant, peu d’éléments l’en prédisposait : la folie nazie avait presque entièrement décimé sa famille et elle-même s’était sortie comme par miracle des camps de la mort. C’est parce qu’au fond d’elle, malgré son histoire personnelle douloureuse, elle avait compris que sans l’Europe, il n’y aurait pas de paix, que les nationalismes qui soufflent sur des nations voisines et désunies ne peuvent aboutir qu’à la guerre. Aujourd’hui, à l’heure où de nouvelles formes d’intolérance se font jour, nous aurions bien besoin des convictions, de la sagesse de Simone Veil, présidente du Parlement européen en 1979 et qui a œuvré longtemps à Bruxelles pour l’avancée des droits de l’homme et particulièrement de ceux des femmes.

Sagesse, c’est le mot qui me vient encore à l’esprit lorsque je pense à cette dame que j’ai eu l’honneur d’auditionner dans le cadre de la mission d’information sur la révision des lois bioéthiques en 2009, que je présidais. Au-delà de son autorité, elle faisait preuve, dans ce dossier délicat, d’une prudence raisonnable et en même temps d’un courage certain. « La société est telle aujourd’hui qu’elle peut aller très vite trop loin, soit au contraire se restreindre et stopper tout avancement », avait-elle affirmé. Je pense que son message reste d’une brûlante actualité.

Monsieur Veil, toutes ces raisons, au-delà de la femme qu’était votre maman, a poussé la Ville de Poitiers à donner  son nom à ce jardin qui accueille des œuvres artistiques, au cœur de la ville, à proximité du collège Henri IV et de la rue Louis-Renard, résistant qui fut déporté et assassiné avec ses camarades en Allemagne, en 1943. Bien sûr, ce n’est pas le Panthéon où sa dépouille et celle de votre père Antoine Veil iront rejoindre, pour l’éternité le 1er juillet, des noms illustres de la France. Mais c’est un honneur pour ce jardin paisible où s’amusent au quotidien des enfants et se retrouvent des familles, de porter le nom d’une grande dame de France, d’Europe et du monde. « Une figure de proue en avance sur l’histoire », disait plus justement  Jean d’Ormesson. Si l’écrivain n’a pas réussi à la rendre immortelle, c’est à travers notre mémoire qu’elle le demeure."

Alain Claeys, Maire de Poitiers